Interview avec Madame l’eurodéputée Stéphanie YON-COURTIN (RENEW, FR)

CFAE
Cercle Francophone des Affaires Européennes

1 Sep 2025 | Infos UE, Non catégorisé

Entrevue avec Madame l’eurodéputée Stéphanie YON-COURTIN (RENEW, FR)
Députée au Parlement européen auprès du Groupe Renew Europe, vice-présidente de la Commission de la pêche et membre de la Commission des affaires économiques et monétaires (ECON) ainsi que de la Délégation pour les relations avec le Canada.

Le Cercle a eu le plaisir de rencontrer l’eurodéputée Stéphanie Yon-Courtin (Renew, FR). Diplômée en droit européen des affaires, Madame Yon-Courtin entame sa carrière en tant que juriste à la Commission européenne avant de devenir avocate en droit de la concurrence inscrite au barreau de Paris (Cabinets Freshfields et Allen et Overy). Puis elle rejoint le cabinet du Président de l’Autorité de la Concurrence française comme conseillère internationale.
En 2014, elle devient maire de Saint-Contest (Calvados, Normandie, France) et Vice-présidente du Département du Calvados avant d’être élue députée européenne en 2019 et réélue en 2024. Elle est également conseillère régionale de Normandie depuis 2021
Madame Yon-Courtin a notamment été Rapporteure sur l’Acte sur les Marchés Numériques (DMA), de la stratégie d’investissement de détail (RIS) et de la révision de Solvabilité II.
Cet échange est l’occasion de revenir sur les priorités de son mandat, notamment à propos de l’économie, le numérique, la pêche et les relations UE-Canada.

Concernant la conférence ONU sur l’océan et les relations UE-Royaume-Uni en matière de pêche et de gouvernance maritime
Je me suis récemment exprimée à la conférence des Nations Unies sur l’océan pour défendre la voix de nos pêcheurs et rappeler la nécessité d’une cohabitation équilibrée entre toutes les activités maritimes. Cette cohabitation devient d’autant plus stratégique dans un contexte géopolitique instable et face à la proximité de ma région avec le Royaume-Uni, que je connais bien.
Aujourd’hui, les modalités des accords post-Brexit sur la pêche ne sont pas toujours respectés par Londres. On perçoit cependant une évolution : le Royaume-Uni semble mesurer, dans le contexte incertain et avec un certain recul sur le Brexit, la nécessité d’approches plus conciliantes. Le récent sommet UE-Royaume-Uni de mai a permis d’obtenir un maintien de l’accès aux eaux britanniques pour les pêcheurs européens jusqu’en 2038. Il s’agit d’une avancée concrète mais il faudra voir dans les faits si ce sera appliqué à la lettre.
Mes priorités pour la pêche : défendre la réciprocité de nos normes sanitaires et environnementales, simplifier les règles pour nos pêcheurs artisanaux, améliorer la politique commune de la pêche et intégrer des objectifs de durabilité plus ambitieux. Je serai Rapporteure sur la planification maritime afin d’anticiper la cohabitation entre pêche, éoliennes offshore, biodiversité, activités de défense et exploitation minière sous-marine. Il s’agit de protéger les ressources, les communautés côtières et d’assurer la cohérence entre pêche, biodiversité et énergie.

Concernant sa perception sur l’avenir des relations UE-Canada et l’accord de libre-échange CETA
Étant maire d’une commune libérée par les Britanniques et les Canadiens, j’ai une proximité particulière avec le Canada. Je sens aujourd’hui une volonté partagée de renforcer la coopération, à travers notamment ce que j’appelle la “coalition des volontaires”, mobilisée par Emmanuel Macron. Elle englobe des membres de l’UE, le Royaume-Uni et le Canada, et potentiellement d’autres partenaires stratégiques.
Trump, s’il a bousculé les équilibres, a aussi accéléré ces rapprochements. J’espère que nous avancerons surtout sur le CETA, qui reste, à mes yeux, un accord différent et moins problématique que d’autres en matière commerciale.

Concernant l’intégration européenne par l’Union des marchés de capitaux et la régulation des marchés financiers
Je travaille à relancer l’Union de l’épargne et de l’investissement, pour remobiliser l’épargne des citoyens européens — 450 millions de personnes — vers le financement de l’économie réelle. Le défi est d’éviter la fuite de cette épargne vers les marchés américains, et de canaliser durablement l’argent privé, qui complète l’argent public, toujours trop rare.
Cela exige d’adapter la réglementation aux enjeux de compétitivité, et d’encadrer la finance innovante : fintech, cryptos, mise en œuvre de MiCA. Il faut une voie européenne équilibrée, ni déréglementation totale (comme aux États-Unis) ni interdiction excessive. Nous voulons bâtir un cadre sûr, attractif et compatible avec la souveraineté stratégique européenne.
À propos de la lutte contre le blanchiment, le secteur des assurances et la mobilisation de l’épargne privée
L’Europe progresse avec la création de l’AMLA et prochainement d’une autorité douanière, indispensables pour mieux contrôler les flux financiers et lutter contre le blanchiment et la contrefaçon. J’ai travaillé sur le règlement Solvabilité II afin que les assureurs disposent de réserves suffisantes en cas de crise et libèrent plus de fonds propres pour le financement de l’économie. C’est un axe important à venir.
Sur le Pacte de stabilité, il faut adapter les critères de Maastricht pour concilier discipline budgétaire et investissement en faveur de la croissance post-inflation. L’un des enjeux majeurs du prochain mandat reste la mobilisation de l’épargne privée : elle dort souvent sur des placements peu dynamiques. Il faudra mieux réguler l’intérêt croissant des jeunes pour les cryptoactifs, sans tomber dans l’interdiction ni la déréglementation.

À propos des crypto-actifs, des plateformes en ligne et des « finfluenceurs »
L’un des enjeux majeurs reste aussi l’encadrement des crypto-actifs : avec la mise en œuvre du règlement MiCA, nous voulons garantir un développement responsable des crypto-monnaies et des titres numériques, tout en protégeant les investisseurs et en évitant la déréglementation excessive. Le numérique et la finance décentralisée transforment durablement la place de l’épargne en Europe. Il est crucial que l’Europe s’affirme entre la déréglementation américaine et les interdictions strictes, en adoptant une réglementation innovante et protectrice.
Nous allons également bientôt réviser le DMA afin qu’il réponde aux nouveaux défis liés aux défis de l’IA et du cloud. Il s’agira également de mieux articuler le Digital Services Act, le Digital Markets Act et l’AI Act. J’accorde une attention particulière à la protection des mineurs, à la transparence des algorithmes et à la coopération accrue avec les plateformes.
Nous préparons aussi un rapport sur les lignes directrices de l’article 28 du DSA, une avancée majeure pour la protection en ligne. Un Digital Fairness Act pourrait utilement compléter l’arsenal actuel.
La révision des règles sur les télécoms (Digital Networks Act) est également décisive pour la souveraineté numérique européenne. Enfin, sur la régulation des finfluenceurs, une avancée a permis leur définition et responsabilisation : ils devront désormais contractualiser avec les entreprises qu’ils représentent, afin de mieux lutter contre les arnaques et protéger les investisseurs particuliers en ligne.