️ Entrevue avec l’eurodéputé Benoît CASSART (RENEW, BE) ️
Le Cercle part aujourd’hui à la rencontre de Benoît Cassart. Licencié en sciences économiques de l’UCLouvain, Monsieur Cassart est originaire d’une famille d’agriculteurs. Il est membre du Mouvement Réformateur (MR) et a été élu député européen en 2024. Au Parlement européen, il siège notamment dans les commissions du Commerce international, des Transports et du Tourisme, et de l’Agriculture. Benoît Cassart est reconnu comme un véritable homme de terrain, engagé pour défendre les intérêts agricoles et économiques wallons au cœur des institutions européennes.
En quelques mots, qui êtes-vous M. Benoît Cassart ?
Je suis agriculteur et parlementaire, et je gère ma ferme avec le soutien d’une équipe, notamment ma femme. Je suis installé à cheval sur les provinces de Namur et Liège, près de Clavier, où se trouve la ferme familiale. Je connais bien la région et ses enjeux agricoles.
Je suis particulièrement engagé sur plusieurs dossiers clés : le commerce international, la Politique Agricole Commune (PAC), le transport des animaux, et les biocontrôles. Ma priorité actuelle est de bien faire comprendre les enjeux du Mercosur, un accord qui menace notre agriculture européenne. On entend souvent parler de gains économiques minimes, mais on sous-estime l’impact à long terme sur nos agriculteurs. La moyenne d’âge est élevée (57 à 59 ans), et un signal négatif à leur égard complique le renouvellement des générations.
Mercosur est un accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay) visant à réduire les barrières commerciales. Pouvez-vous préciser quels en sont les enjeux ?
De manière générale, je suis pour le commerce et contre les barrières douanières. Cependant, dans le cas de l’accord avec le Mercosur, il y a des incohérences inacceptables comme le mécanisme de rééquilibrage qui permettrait au Brésil par exemple d’exporter chez nous sans respecter nos normes.. Nos agriculteurs affrontent déjà de fortes contraintes environnementales, des restrictions sur les phytosanitaires et des prix volatiles. Si, en plus, ils doivent faire face à une concurrence déloyale de produits ne respectant pas nos normes, notamment en émissions de CO2, cela serait inacceptable. Réduire nos émissions en Europe tout en laissant entrer des produits plus polluants est une contradiction que je refuse car cela signifierait une perte sur tous les plans
En effet, au-delà des aspects économiques, le débat porte aussi sur la sécurité alimentaire et la cohérence environnementale. Il est absurde d’interdire certains produits phytosanitaires en Europe pour des raisons sanitaires ou de biodiversité, puis d’importer des produits fabriqués avec ces mêmes substances ailleurs. Il faut raisonner globalement car l’impact environnemental, notamment en émission de CO2, est mondial.
Vous êtes également très engagé sur le bien-être animal.
Oui, effectivement, la réforme du transport des animaux est aussi un dossier important. La réglementation actuelle est déjà très rigoureuse et très efficace lorsqu’elle est bien appliquée. Malheureusement, certaines ONGs médiatisent quelques infractions afin de discréditer le secteur et cela pousse le législateur à revoir des textes sans tenir compte de la réalité de terrain. .
Le consommateur et le législateur ont aujourd’hui l’impression que la législation sur le bien-être animal n’est pas adaptée, et cela débouche sur avec des propositions déconnectées de la réalité. Par exemple, le nouveau projet de réglementation interdit le transport des animaux en cas de températures inférieures à 0°C ou supérieures à 30°C, ce qui devient difficile à appliquer en Espagne, par exemple où le transport entre juin et octobre devient quasi impossible.
Les animaux nordiques, eux, sont adaptés à des températures très basses, et rester dans leur ferme ou dans le camion ne change rien pour eux. Par ailleurs, des propositions veulent réduire le nombre d’animaux transportés par chargement, alors que les densités actuelles sont parfaitement adaptées pour maximiser sécurité et bien-être
Quand il y a trop d’espace dans le camion pour les animaux, cela cause des blessures car le troupeau bouge à chaque freinage ou virage, ce qui peut entraîner des fractures. C’est un retour que je reçois régulièrement du terrain. Cette situation illustre un décalage entre la volonté de protéger le bien-être animal et la nécessité d’adapter les règles à des réalités climatiques et agricoles diverses à travers l’Europe.
Dans la réglementation sur le transport, notre objectif est donc d’intégrer la voix des professionnels pour trouver le bon équilibre : améliorer le confort sans réduire exagérément le nombre d’animaux transportés, car cela pourrait au contraire augmenter leur stress et les risques de blessures. Grâce à notre travail de mobilisation, le texte proposé par la Commission est actuellement bloqué et risque d’être amendé pour redevenir plus réaliste, ce qui serait une victoire concrète pour le terrain.
Et sur le dossier de la PAC ?
L’Europe a deux choix. Soit elle renonce à son autonomie alimentaire et s’alimente sur le marché mondial.. Soit elle choisit de préserver cette autonomie et de soutenir la relève des jeunes agriculteurs. Dans ce cas, deux options s’offrent à elle :augmenter le budget de la PAC pour mieux aider les jeunes, ou mener une politique de prix qui permette aux agriculteurs de vivre de la vente de leurs produits à un prix rémunérateur
Mais si on veut une politique de prix, il faut avoir le courage d’imposer nos exigences aux partenaires étrangers. Ceux qui veulent accéder à notre marché — Sud-Américains, Ukrainiens, Brésiliens — doivent respecter notre cahier des charges. On ne peut pas continuer avec une PAC en baisse et un marché de plus en plus ouvert à des produits low costs venus d’ailleurs. Cette double politique conduit au chaos de l’agriculture, et c’est exactement ce qui risque d’arriver.
Pour moi, la PAC ne doit pas seulement reposer sur les budgets. Le combat se résume en trois points : d’abord, maintenir le budget si nous ne savons pas encore bien réguler nos frontières ; ensuite, mettre en place une politique vraiment centrée sur les jeunes ; enfin, simplifier le volet administratif de la PAC pour qu’elle soit efficace.
On ressent une conviction très forte à travers votre engagement. Quel serait votre souhait principal pour ce mandat ?
Je veux qu’on garde une politique environnementale ambitieuse mais cela passe par des règles applicables, pas par des normes tatillonnes qui retirent toute autonomie à l’agriculteur. Quand on me dit qu’il faut semer à telle date, je réponds que la première à décider, c’est la nature, c’est la météo. Après 57 ans passés dans une ferme, je sais que la sur-réglementation rend les règles inapplicables et fait perdre de vue les objectifs. On doit redonner confiance à l’agriculteur, à l’agronomie et aux lois de la nature.
Merci M. Benoît Cassart.


