️Entrevue avec l’eurodéputé M. Adrián VÁZQUEZ LÁZARA (PPE, ES) ️
Député au Parlement européen auprès du Groupe du Parti populaire européen et Vice-président de la Commission des affaires constitutionnelles.
Le Cercle a eu le plaisir de rencontrer l’eurodéputé Adrián VÁZQUEZ LÁZARA. Diplômé d’un Master en relation internationales de l’Université de Warwick et de d’un diplôme en langue japonaise et en études culturelles obtenu à Tokyo, Monsieur Vázquez Lázara est devenu député au Parlement européen en 2020. Retour sur les priorités de son mandat.
Concernant ses priorités et son engagement en matière d’Etat de droit
La défense de l’État de droit reste au cœur de mon engagement politique. Mon objectif est clair : veiller à ce que tous les gouvernements de l’Union respectent les traités, l’article 2 et la séparation des pouvoirs, qui constituent le socle de notre projet commun. Or, nous observons aujourd’hui une tendance préoccupante à l’affaiblissement de ces principes, avec une montée de l’autoritarisme et des exécutifs de plus en plus réticents à être contrôlés par les parlements ou limités par la justice. Le rapport annuel de la Commission est un bon outil, mais il ne suffit plus : il faut aller au-delà du mécanisme de conditionnalité et doter l’Union de mécanismes concrets et efficaces pour garantir le respect de l’État de droit partout en Europe.
Concernant l’urgence de renforcer la compétitivité européenne
La compétitivité est un autre pilier de mon action. Nous travaillons activement sur le devoir de vigilance, le reporting extra-financier et l’actualisation de l’ensemble de ce cadre réglementaire. Mais il faut être lucide : on ne peut pas rester compétitifs en multipliant les contraintes sur les entreprises. Sans un tissu productif solide, il n’y a pas de richesse à redistribuer ni d’État-providence à financer. Mon combat, c’est donc de trouver un équilibre entre exigences réglementaires et dynamisme économique, afin de préserver notre modèle social tout en renforçant notre compétitivité.
Concernant sa préoccupation en matière d’immigration
L’immigration est sans doute l’un des sujets les plus déterminants pour l’avenir politique de l’Europe. Même si ce n’est pas directement de mon ressort en commission, c’est un dossier central dans mon engagement politique. Le Pacte sur la migration et l’asile adopté récemment est une avancée, mais il reste insuffisant. Nous devons aller beaucoup plus loin : mieux contrôler l’immigration irrégulière et mieux valoriser l’immigration régulière, qui est essentielle au maintien de notre modèle social.
Je suis libéral et ouvert sur le monde, mais défendre nos valeurs et notre mode de vie implique que ceux qui rejoignent nos sociétés les respectent aussi. Ce n’est pas une position de fermeture, mais de réalisme : sans une politique migratoire claire, maîtrisée et exigeante, l’Europe risque de voir son équilibre profondément transformé… probablement pas pour le meilleur.
Concernant le besoin pour l’Europe de s’affirmer avec assurance
Ma dernière priorité concerne l’architecture institutionnelle de l’Union. Il ne s’agit pas nécessairement de rouvrir les traités, ce qui serait risqué dans le contexte politique actuel. Il s’agit changer notre manière de penser et de parler : il faut renouer avec le langage de la puissance. L’Europe est engagée dans une compétition mondiale, elle perd du terrain sur les plans économique et politique, et elle doit en prendre pleinement conscience.
Cela implique de grandir collectivement, d’assumer des choix stratégiques et d’expliquer aux citoyens que certains sacrifices seront nécessaires. Par exemple, si nous voulons bâtir une véritable capacité de défense européenne et peser sur la scène internationale, nous devons revoir nos priorités budgétaires, même si cela signifie réduire certaines dépenses traditionnelles comme la PAC. Nous ne vivons plus dans un monde stable : il est temps d’agir en puissance.
Un dernier mot sur nos relations avec les États-Unis ?
Les États-Unis ont cette capacité unique d’exporter non seulement leur culture, mais aussi leurs modèles politiques, leurs comportements et leur manière de faire de la politique. Cela présente des avantages, mais aussi des limites évidentes aujourd’hui.
Leur système électoral, avec des élections de mi-mandat tous les deux ans, complique souvent les négociations, car il rend difficile la conclusion d’accords stables et équilibrés.
L’accord commercial sur les droits de douane en est un bon exemple : il ne satisfait personne en Europe. La Commission a la compétence pour négocier, mais les États membres ont aussi pesé : certains voulaient absolument un accord, d’autres préféraient aucun plutôt qu’un mauvais compromis. Le résultat reflète ce tiraillement.
De plus, cet accord n’est pas encore techniquement signé et donc pas applicable, et les prochaines élections américaines approchent. Dans ce contexte, il aurait été très difficile d’obtenir mieux. Même si je ne suis pas un grand admirateur de cette Commission, je reconnais qu’elle fait face à une situation particulièrement complexe sur ce dossier.


