Interview avec Slim Khalbous, recteur de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF)

CFAE
Cercle Francophone des Affaires Européennes

20 Mar 2025 | Infos UE

Entrevue avec Monsieur Slim KHALBOUS, recteur de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF)

Cette interview a été réalisée dans le cadre de la journée internationale de la francophonie

L’AUF : acteur clé d’une francophonie scientifique et inclusive au service du développement

L’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF) est une organisation internationale créée en 1961 à Montréal. Initialement pensée comme un réseau académique favorisant les échanges entre établissements
francophones, elle est aujourd’hui un acteur majeur du développement par le savoir et de la coopération universitaire internationale. Elle regroupe plus de 1 080 universités et centres de recherche répartis sur les cinq continents et intervient dans 62 pays, où elle entretient des liens étroits avec les institutions d’enseignement supérieur, les gouvernements et les organisations internationales.

Au fil des décennies, l’AUF a su s’adapter aux évolutions du paysage universitaire mondial. Son rôle a progressivement dépassé la simple mise en réseau des universités francophones pour devenir un opérateur clé de la diplomatie scientifique francophone. Elle accompagne les réformes Entrevue avec Monsieur Slim KHALBOUS, recteur de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) des systèmes éducatifs, soutient la recherche, renforce les liens entre le monde universitaire et économique, et favorise la mobilité des étudiants et enseignants-chercheurs.

1. L’évolution de l’AUF et ses transformations majeures

L’AUF a connu plusieurs phases de transformation qui ont redéfini ses priorités et son mode d’action.
• D’un réseau universitaire à un opérateur institutionnel: au départ, l’AUF se concentrait principalement sur le soutien aux échanges académiques entre universités membres. Progressivement, elle a
pris une place plus stratégique en devenant un partenaire des politiques publiques d’enseignement supérieur et de recherche dans les pays où elle est implantée.
• Une présence locale renforcée : contrairement à d’autres organisations qui fonctionnent de manière centralisée, l’AUF dispose d’une implantation physique dans de nombreux pays, ce qui lui permet d’interagir directement avec les universités et les acteurs locaux. Cette approche favorise une meilleure prise en compte des spécificités régionales et une adaptation aux besoins réels des établissements.
• Un modèle de financement évolutif : en 2020, 80 % des ressources de l’AUF provenaient des États. Aujourd’hui, cette part est tombée à 55 %, tandis que le reste provient d’acteurs privés et institutionnels (Banque mondiale, fondations, entreprises, institutions internationales). Cette diversification des sources de financement témoigne d’une volonté d’indépendance et d’une plus grande flexibilité dans le déploiement des actions.

2. Une action structurée autour de quatre axes stratégiques

L’AUF s’adresse à plusieurs publics et adapte ses actions en fonction de leurs besoins spécifiques. Son intervention repose sur quatre grands axes stratégiques :

1. Les universités :

o L’AUF accompagne les établissements dans le développement de leur offre de formation et de recherche.
o Elle facilite les coopérations interuniversitaires et encourage la création de diplômes conjoints.
o Elle soutient la transition numérique dans l’enseignement supérieur.

2. Les décideurs politiques :

o Elle agit comme un conseiller des gouvernements, notamment en matière de réforme des systèmes éducatifs et d’intégration des technologies dans l’enseignement.
o Elle participe à la mise en place de cadres de reconnaissance des diplômes, essentiels pour la mobilité des étudiants et des chercheurs.

3. Les jeunes :

o L’AUF met en place des programmes destinés aux étudiants, tels que les Clubs Leaders Étudiants Francophones. Ces espaces d’échange et d’innovation sont aujourd’hui au nombre de 220 dans 60 pays.
o Elle soutient les initiatives entrepreneuriales étudiantes et accompagne les jeunes diplômés dans leur insertion professionnelle.

4. La société civile :

o Elle collabore avec des ONG, des agences d’accréditation et des institutions savantes.
o Elle favorise l’accès au savoir à travers des plateformes numériques et des ressources éducatives libres.

Cet engagement multi-acteurs permet à l’AUF de jouer un rôle central dans la construction d’un espace francophone d’enseignement supérieur et de recherche dynamique et inclusif.

3. L’AUF en Europe : une approche différenciée selon les contextes

L’AUF est organisée en 10 directions régionales, dont deux couvrent l’Europe :

• L’Europe occidentale installée à Bruxelles.
• L’Europe centrale et orientale basée à Bucarest.

En Europe, l’AUF fédère 350 établissements membres répartis dans une quarantaine de pays. Son action varie en fonction des contextes nationaux :
• Dans les pays francophones à forte tradition académique (France, Belgique, Suisse) : l’AUF joue un rôle de passerelle entre les universités européennes et les établissements africains, favorisant ainsi la coopération Nord-Sud.
• Dans les pays non francophones mais économiquement influents (Allemagne, Espagne, Italie, pays nordiques): elle offre un accès aux réseaux scientifiques francophones, renforçant ainsi la présence de la langue française dans les cercles académiques internationaux.
• Dans les pays en transition économique ou en développement (Moldavie, Serbie, pays baltes, Balkans) : elle est perçue comme un levier d’intégration européenne, en soutenant des programmes qui facilitent l’ouverture des universités locales aux standards internationaux.

L’AUF applique ainsi une stratégie dite « standard adaptée », qui consiste à définir des objectifs communs tout en ajustant leur mise en œuvre aux spécificités de chaque région.

4. Les perspectives : le Programme International de Mobilité Francophone (PIMF)

L’un des projets phares de l’AUF pour les années à venir est le Programme International de Mobilité Francophone (PIMEF), un dispositif ambitieux visant à structurer et renforcer les échanges académiques entre universités francophones. Validé lors du Sommet mondial de la Francophonie en 2024, ce programme repose sur le modèle d’Erasmus, mais avec une spécificité : il est entièrement dédié aux mobilités au sein de l’espace francophone.

Les objectifs du PIMF sont multiples :
• Faciliter la circulation des étudiants et enseignants-chercheurs entre les établissements membres de l’AUF.
• Renforcer l’attractivité des universités francophones en proposant des expériences de mobilité de qualité.
• Favoriser les échanges interculturels et académiquespour créer une communauté scientifique francophone plus connectée.

Ce programme constitue une avancée majeure pour la coopération universitaire francophone et devrait avoir un impact significatif sur la formation des futures générations de chercheurs et professionnels
francophones.

Conclusion

L’AUF s’impose aujourd’hui comme un acteur incontournable de la francophonie scientifique et universitaire. Grâce à son réseau international, sa capacité d’adaptation et sa diversification des financements, elle est en mesure de répondre aux défis contemporains de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Ses initiatives, comme le Programme International de Mobilité Francophone, illustrent son engagement en faveur d’une francophonie dynamique, inclusive et tournée vers l’avenir. En renforçant les liens entre
les universités, les décideurs et la société civile, l’AUF contribue activement au développement du savoir et à la promotion des valeurs de coopération et de partage qui fondent la francophonie.

 

Télécharger cet interview en format PDF ci-dessous : 

CFAE – Entretien AUF – SLIM Khalbous